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À propos du congrès national japonais sur la Thérapie de Morita à Kumamoto (novembre 2017)

Le Pr Shigeyoshi Okamoto, spécialiste japonais de la Thérapie de Morita, avait en octobre 2014 présidé notre congrès Psy Cause à Kyoto. Il nous avait, à l’époque, associé à une cérémonie de fermeture de l’Hôpital Sanseï, établissement presque centenaire spécialisé dans ce traitement inspiré du zen. Il nous écrit, ce 15 novembre 2017, un long courriel afin de nous informer des plus récents développements par rapport à son action en faveur de cette Thérapie de Morita. Ce courriel a été reçu suite, entre autre, aux sollicitations de notre déléguée pour le Japon, Mme Nyl Erb.

 

Le Pr Shigeyoshi Okamoto nous y informe qu’il est de retour, depuis la veille, de Kumamoto dans l’île de Kyushu, où il a participé au « Congrès National de la Thérapie de Morita ». Il nous joint une photo prise par lui au titre d’illustration de son courriel, dans le hall de la gare de Kumamoto : « une photo, prise avec mon appareil mobile, de la poupée mascotte de la préfecture de Kumamoto, dans la gare de cette ville (ligne de Shinkansen). Le nom de cette poupée, de dimension gigantesque, Kumamon, comporte la racine kuma qui signifie l’ours, l’animal noir. Kumamon est noire. Mais aussi rouge parce que cette préfecture est connue également par le volcan Aso et appelée « pays du feu ». »

 

Il précise qu’il a donné deux conférences à ce congrès : « La première a été sur l’histoire des cours de « l’éducation populaire » qui s’est unifiée, juste après la guerre, à la Thérapie de Morita. » Il ajoute que « ce thème est vraiment important  pour mieux comprendre cette thérapie. »

 

Il pourrait être intéressant de relier ce qui se passait au Japon dans l’après guerre avec les liens qui se créaient à la même époque en France entre le courant de la psychothérapie institutionnelle et les CEMEA, avec la création de la revue VST (Vie Sociale et Traitements).

 

Une étude de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Paris), signée de Jean Claude Richez et réalisée en 2010 (Cinq contributions autour de l’éducation populaire), dresse un tableau historique du mouvement de « l’éducation populaire », en particulier de par le monde dans les lendemains de la seconde guerre mondiale. Elle précise qu’au Japon, une loi cadre d’éducation sociale, adoptée à cette époque là, instituait les « kominkan », sortes de maisons des jeunes et de la culture : « Les « kominkan » fonctionnent comme « universités d’habitants civiques », lieux où l’on se rencontre entre voisins, où sont organisées des conférences en petits groupes mais aussi où l’on délivre des cours élémentaires de sciences sociales, d’histoire, de sciences naturelles… On y discute ensemble, entre habitants, pour y trouver des solutions en commun. Le kominkan a pour fonction de recenser les problèmes existants dans la communauté locale, de les nommer, d’en analyser la nature, d’en faire un thème d’apprentissage en organisant une activité pour tenter de trouver des solutions dans une collaboration d’intérêts ». Le kominkan s’inscrit dans une logique d’éducation non formelle, « une part essentielle se centre sur la résolution de problèmes, et on insiste toujours sur la nécessité de relier l’apprentissage à la vie » (Maketo Suemoto, « Quelle voie nouvelle pour l’éducation populaire au Japon ? », Pratique de formation. Analyses, n° 49, 2005, université Paris-VIII.)

 

La dimension éducative dans la Thérapie de Morita n’est pas sans lien avec ce courant. Le Pr Shigeyoshi Okamoto nous le précise dans un second courriel (du 27 novembre) : le concept d’« éducation populaire » s’écrit en japonais 社会教育,soit Shakai-kyoiku, littéralement « la société et l’éducation ». Ce mot composé n’est qu’approximativement traduit par éducation populaire qui « n’est qu’un aspect de ce que ce mot signifie. » Le Pr Shigeyoshi Okamoto ajoute : « la vie de l’être humain n’est pas bien prise en compte » par cette traduction. Le concept Shakai-kyoiku remonte en fait « à l’ère Meiji de la fin du XIXème siècle lorsque le système public d’éducation scolaire a été introduit au Japon depuis l’Occident. » Le Shakai-kyoiku prend en compte le développement de l’humanité en chacun : « s’éduquer dans la société, former de l’humanité dans la vie sociale. » Le dispositif des kominkan met en place des lieux pour ce type d’éducation. Les développements de l’éducation populaire, en termes plus généraux, aux lendemains de la guerre, ont, comme en France, des fondements historiques antérieurs.

 

Le Pr Shigeyoshi Okamoto nous dit, dans son courriel du 15 novembre dont nous reprenons le cours, que le débat qui a suivi sa conférence a été pour lui très éprouvant : « car, souligner l’histoire de l’introduction de l’éducation populaire dans la Thérapie de Morita, et revaloriser cet aspect de la Thérapie, serait, en quelque sorte, en contradiction avec la tendance moderne de la Thérapie de Morita telle qu’elle est pratiquée en consultation, plus ou moins mélangée avec d’autres thérapies. » Quoiqu’il en soit, dit-il, « beaucoup de collègues ont écouté ma conférence avec intérêt. »

 

Ce que nous écrit le Pr Shigeyoshi Okamoto est très intéressant car il illustre des évolutions sociétales et idéologiques qui traversent notre planète. La Thérapie de Morita a, dans ses présupposés théoriques, des racines historiques qui impliquent, pour demeurer actuelles, des adaptations. Ce qui est vrai pour la Thérapie de Morita, l’est également pour la psychothérapie institutionnelle en France. Mais, pour s’adapter sans perdre son essence, une thérapie doit rappeler ses fondamentaux. Tel a donc été l’exercice, semble t’il difficile, du Pr Shigeyoshi Okamoto à Kumamoto en ce mois de novembre 2017.

 

La seconde communication du Pr Shigeyoshi Okamoto, plus courte, portait également sur les racines historiques de la thérapie : « l’expérience personnelle du zen, de Morita lui même ». Elle a traité du lieu de cette expérience (quelle salle d’entraînement, quel temple ?) et de quel Maître lui a enseigné le zen : « Ces questions n’avaient pas été éclaircies jusqu’à aujourd’hui. Par la recherche de documents et d’autres investigations, il m’a été possible de leur donner des réponses. »

 

Un congrès est également l’occasion de rencontres. Ainsi le Pr Shigeyoshi Okamoto nous confie dans son courriel qu’à Kumamoto, il a « connu personnellement une femme psychiatre francophone, spécialiste de la Thérapie de Morita. Elle s’appelle Dr Rieko Shioji et elle est Professeur Adjoint du Centre de la Thérapie de Morita du Troisième Hôpital de l’Université de Jikei à Tokyo. Elle est intéressée par l’échange franco-japonais dans le cadre de la Thérapie de Morita. Elle est membre de la Société Franco-Japonaise de Médecine. » Il ajoute néanmoins qu’elle n’est pas encore impliquée concrètement dans l’échange. Psy Cause est évidemment dans l’attente d’une mise en rapport avec cette personnalité et notre revue disponible pour la publier.

 

Le Pr Shigeyoshi Okamoto termine son courriel par une annonce/invitation : « L’année prochaine sera l’Anniversaire des 80 ans du décès de Shoma Morita. Une fête à sa mémoire sera organisée à Kochi, à la mi-juillet 2018, laquelle comprendra une visite de la maison natale de Morita. Beaucoup de Japonais participeront à cette fête. Il n’est pas programmé d’accueil spécial des étrangers mais cette célébration sera une chance pour les collègues étrangers de visiter Kochi en compagnie de participants japonais. »

 

Nous remercions le Pr Shigeyoshi Okamoto de nous avoir transmis ces informations qui témoignent de la poursuite, trois années après la fermeture puis la destruction de l’Hôpital Sanseï, de son engagement pour la promotion de la Thérapie de Morita, et de la fidélité de ses liens avec Psy Cause.

 

Jean Paul Bossuat

 

 

 

 

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