Psy-Cause a été fondée en 1995 par Jean-Paul Bossuat, psychiatre des hôpitaux à Avignon, et Thierry Lavergne, psychiatre des hôpitaux à Aix en Provence, pour promouvoir la théorisation de la pratique de terrain en santé mentale, et contribue aujourd’hui à faire savoir les savoir-faire des psy du monde entier

Journal du Congrès de Monaco : carnet N°1 (9 octobre 2015)

01-immeuble-amphiLe XIème congrès international de l’association/revue Psy Cause s’est tenu, en cette année 2015, dans l’amphithéâtre de l’Hôpital Princesse Grace (Principauté de Monaco). Le thème en est « Adolescences, ruptures, passages… ». Il a été introduit dans le N°68 de la revue Psy Cause par un dossier international sur l’adolescence. De nombreux exemplaires de ce numéro ont été à la disposition des participants qui ont pu ainsi découvrir notre revue par un ensemble d’articles en lien avec le thème. Cette découverte a été complétée par l’exposition d’exemplaires de numéros plus anciens. Le stand de Psy Cause a proposé également un parcours de nos congrès internationaux depuis 2003 par nos affiches (Egypte 2003, Egypte 2005, Bénin 2008, Russie 2009, Maroc 2010, République Tchèque 2011, Cambodge 2012, Ontario 2013, Japon 2014 et Monaco 2015).

 

 

 

 

 

 

02-JanssenCe 9 octobre 2015, le public est au rendez vous, avec l’amphithéâtre bien occupé par près de 70 congressistes monégasques, canadiens et français. Les organisateurs de Psy Cause sont de suite mis en confiance par une logistique impeccable au niveau de la salle et l’accueil de la Dr Valérie Aubin, médecin chef du service de psychiatrie de la Principauté. Cette dernière a mobilisé de nombreux communicants de qualité et des professionnels monégasques très intéressés venus en nombre, ainsi que le laboratoire Janssen présent par un stand. Nous exprimerons lors des allocutions d’ouverture toute notre reconnaissance à la direction de l’établissement et à la Dr Valérie Aubin.

 

 

 

 

 

 

 

 

03-ouvertureLes allocutions protocolaires ouvrent le congrès le 9 octobre 2015 à 14 heures. Mr le Directeur nous souhaite la bienvenue dans son établissement. Il nous précise que le thème autour de l’adolescence est important pour l’Hôpital Princesse Grace qui entend bien mettre en place un espace spécifique à la prise en charge des adolescents. Les Drs Jean Paul Bossuat, Président de Psy Cause International et Directeur de la revue Psy Cause, et Thierry Lavergne, Vice Président de Psy Cause International et Directeur Adjoint de la revue Psy Cause, insistent sur l’honneur qui est fait à Psy Cause, de pouvoir tenir un congrès dans cet hôpital prestigieux en Principauté de Monaco.

 

03b-Aubin-presideLa première séance de travail (de 14h30 à 16h30) est présidée par la Dr Valérie Aubin et est consacrée à 4 communications monégasques. Elle constitue notre premier carnet et présente divers aspects de la prise en charge des problématiques adolescentes en Principauté de Monaco. Les trois premières interventions concernent le service de psychiatrie du Centre Hospitalier Princesse Grace, tandis que la quatrième est à l’articulation de la DASS et de l’éducation nationale de la Principauté. Les deux autres séances de travail du congrès seront successivement : en majorité canadienne en fin d’après midi de ce vendredi, et en majorité française le samedi matin.

 

 

04-GoldbrochLe Dr Jean François Goldbroch, médecin chef adjoint du service de psychiatrie de l’Hôpital Princesse Grace, communique sur les « généralités sur les toxicomanies à l’adolescence. »

 

L’addiction chez l’adolescent est une recherche d’effets et de sensations plus ou moins intenses dans les substances psychoatives mais aussi dans l’alimentation, le jeu voire internet. Elle peut calmer ou atténuer des émotions négatives et, de ce fait, elle peut annoncer d’éventuelles pathologies adultes. Le Dr Jean François Goldbroch observe que « l’ado addictus est en recherche de sensations à défaut de sens, lesquelles vont de l’euphorie à l’excitation, l’ivresse, la sédation voire l’hallucination, et qu’ainsi il part dans tous les sens plutôt que dans le bon sens. » L’addiction se caractérise par l’impossibilité répétée de contrôler un comportement et par la poursuite de ce comportement en dépit de ses conséquences négatives.

 

Le Dr Jean François Goldbroch explique alors que l’évaluation de l’addiction porte sur les interactions entre le produit, l’individu et l’environnement. Il passe ensuite en revue les caractéristiques de toxicomanies selon le produit. Il commence par l’alcool qui est un 05-Sallefléau majeur qui touche deux millions de personnes en France et réduit de 20 ans l’espérance de vie chez l’homme. Chez l’adolescent la dépendance à l’alcool est rarissime. C’est l’excès aigu de consommation qui est la cause d’accidents (sur la voie publique, dans la sexualité, par noyade, suicide…). Le cannabis est banalisé par un effet de mode. Associé à l’alcool, il aggrave le risque des intoxications aigues. Sur le long terme, il a un impact sur la maturation du cerveau et favorise des décompensations psychiatriques. La dangerosité du tabac n’est pas à sous-estimer. Le conférencier mentionne tout particulièrement les drogues de synthèse (kétamine, cannabinoïdes, ecstasy, mdma, ghb, méphédrone et cathinones) dont la consommation est en pleine ascension, vis à vis desquelles on est désarmé. Il insiste sur l’importance d’une prise en charge précoce.

 

 

 

 

06-MoulieracLa Dr Ségolène Mouliérac est psychiatre dans le service de la Dr Valérie Aubin. Sa communication traite de « spécificités liées à l’adolescence ».

 

La première spécificité est la place de la prévention dans la prise en charge des adolescents. Elle évoque l’existence, dans des lycées de la Principauté, de soirées de prévention auprès des parents avec la présence de la sûreté publique. Dans ces mêmes établissements scolaires, sont organisés des passages d’un psychiatre et/ou de la psychologue, auprès des professeurs, infirmiers, psychologues scolaires et élèves. Ces passages ont pour objet de délivrer des informations sur les drogues et leur toxicité, et sur les soins mis en œuvre à Monaco.

 

07-stand-Psy-CauseLa seconde spécificité est la prise en charge dans le Centre Hospitalier Princesse Grace en hospitalisation de jour. Après une orientation posée en consultation « adolescent » ou en psychiatrie de liaison, un temps d’évaluation d’une quinzaine de jours est programmé en hospitalisation de jour dans le service de psychiatrie. « La première journée qui, pour l’adolescent, commence à jeun, est longue ». L’évaluation comprend la rédaction de sa biographie, d’un génogramme, la passation d’échelles d’évaluation, le bilan biologique (toxiques urinaires, troubles endocriniens ou métaboliques), l’IRM médicale, le bilan de personnalité, le bilan neurocognitif, le repérage des troubles psychiatriques par des échelles spécifiques. La synthèse et restitution à J15 s’accompagne d’une orientation des soins sur les pathologies révélées. Il peut s’agir de propositions d’un suivi psychiatrique, psychologique, de remédiation cognitive ; d’un traitement ambulatoire avec contrôle des toxiques urinaires ; de groupes de parole, d’éducation ; d’hospitalisation temps plein en vue d’un sevrage et de l’introduction d’un traitement de fond ; d’un soutien familial, d’une guidance familiale, d’une thérapie familiale. La communicante précise l’importance des entretiens avec les parents qui ont pu constater des changements dans la personnalité de leur enfant.

 

L’exposé de la Dr Ségolène Mouliérac démontre la vaste palette des possibilités en Principauté de Monaco. Elle nous confie ainsi par exemple : « nous avons beaucoup de groupes de parole sur Monaco. » Mais l’articulation de ces possibilités est à améliorer : « une petite structure d’adolescents, que nous espérons dans notre service, sera profitable. »

 

08-ChaperonLe troisième volet de communications de membres de l’équipe du service de psychiatrie de la Principauté de Monaco, intitulé « les addictions chez les jeunes : compréhension, évaluation et prise en charge », est présenté par Mme Roxane Chaperon, psychologue clinicienne, tout particulièrement en addictologie.

 

« L’addiction à l’adolescence a pour place et fonction : de transformer les sentiments tels que tristesse, angoisse, frustration, dans le but de les maîtriser en un vécu de toute puissance ; de retrouver une détente, un calme intérieur, face aux bouleversements divers que constitue le processus adolescence ; une recherche de sensations fortes et de limites, en lieu et place de pensées trop angoissantes. » La prise en charge de l’adolescent impose de prendre en compte et d’intégrer la dynamique familiale. En particulier parce que la crise de l’adolescence de leur enfant, réactive chez les parents des zones de souffrance anciennes. Leur fragilité est souvent questionnée. Le cadre thérapeutique doit être malléable, associe un travail en réseau avec les différents intervenants de la vie de l’adolescent. Il nécessite un travail de parole avec l’équipe pour que l’adolescent comprenne en amont le rôle de l’addiction dans sa vie, à savoir les effets surcompensatoires du produit.

 

09-public-Chaperon« L’adolescent peut être touché par les paroles du soignant, dont il reconnaît l’authenticité ». Il lui est difficile de demander car, pour lui, demander, c’est prendre le risque de dépendre, « c’est à dire d’être abusé, d’être abandonné ». La communicante pointe là, toute la difficulté de la psychothérapie. Et également de suivre l’évolution : « chez l’adolescent, le silence des manifestations n’est pas toujours un signe de bonne santé. » L’adolescence est une période où le symptôme est labile : il ne convient donc pas de l’enfermer dans une structure psychopathologique établie une fois pour toutes. Mme Roxane Chaperon termine son exposé par une remarque sur le test de Rorschach qui est un outil qu’elle privilégie dans le service pour son efficacité dans la mise en évidence des failles narcissiques.

 

10-discussionLe Dr Thierry Lavergne, président du comité d’organisation du congrès, avait convenu d’un temps de parole de la salle après ces trois communications du service de psychiatrie du Centre Hospitalier Princesse Grace. La Dr Valérie Aubin, présidente de la séance, manage les discussions. Le Dr Thierry Lavergne demande comment est gérée à Monaco l’obligation de soins pour l’adolescent. Le Dr François Goldbroch explique qu’en Principauté, il n’y a que des cas particuliers. Ce qui importe, c’est d’éviter la non assistance à personne en danger : « nous avons l’avantage, à Monaco, d’être proches de nos tutelles. » Lorsqu’il y a danger, le soin vient en premier. Ce que confirme la Dr Valérie Aubin qui précise que les médecins sont en amont de la mesure légale. Elle ajoute : « les adolescents hospitalisés sans consentement basculent rapidement dans le soin dont ils ressentent l’intérêt. Ils voient dans la mesure une preuve que l’on s’est occupé d’eux. Nous sommes plutôt ensuite confrontés à des ados qui ne veulent pas quitter l’hôpital car c’est trop difficile pour eux de vivre à l’extérieur. »

 

Parmi les diverses interventions, il est à noter celle d’une représentante de « Allô Parents », qui informe la salle de l’existence de sa structure pour orienter vers tous les dispositifs de soin à partir des dispositifs scolaires. Elle en confie le numéro d’appel : 80 00 22 22. Le Dr Pierre Leichner (venu de Vancouver) nous informe qu’en Colombie Britannique les hôpitaux de jour sont situés à la périphérie des centres hospitaliers et demande pourquoi ce n’est pas le cas à Monaco. La Dr Valérie Aubin lui répond qu’il est difficile d’être loin à Monaco, et que, d’autre part, le Centre Hospitalier Princesse Grace est un hôpital général.

 

Le Dr jean Paul Bossuat intervient alors en tant que directeur de la revue Psy Cause pour rappeler que ce congrès est celui d’une association mais également d’une revue pluridisciplinaire de psychiatrie. Ce qui veut dire que les communicants sont invités à adresser le texte de leur intervention rédigé au format d’un article, en vue d’être publiés, à l’adresse psycause.info@gmail.com. Il ajoute que tous les professionnels de la Principauté de Monaco qui le souhaiteront, pourront bien évidemment par ailleurs soumettre leurs articles (ainsi que s’abonner).

 

La dernière communication intitulée « Le D.E.S.I., Dispositif d’Education et de Scolarisation Individualisée » est présentée par deux professionnelles : Mme Arnelle Borro, responsable du Centre de Formation Pédagogique à la Direction de l’Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports (DENJS), référente DESI pour la DENJS ; et Mme Elodie Koukoui, Cadre Socio éducatif, chef de section à la Division Action Sociale, référente DESI pour la DASS.

 

12-KoukouiMme Elodie Koukoui démarre l’exposé. Le DESI a ouvert en avril 2013 à titre expérimental et de façon pérenne en janvier 2014. Il concerne tout élève présentant, à un moment de sa scolarité, des troubles ou des manifestations comportementales incompatibles avec un accueil en établissement scolaire à temps plein. Le DESI est un dispositif individualisé et adapté, c’est à dire qu’il y a autant de DESI que de cas. Il a pour finalité de soutenir l’intégration scolaire et de prévenir les risques de déscolarisation. Il s’agit d’un accompagnement pédagogique et éducatif qui se pratique selon deux modalités : un DESI mixte où l’élève fréquente l’établissement de rattachement, un DESI total où l’élève ne fréquente plus l’établissement de rattachement, régulé en temps réel, sur des périodes définies. Le DESI est mis en place dans un local dédié, proche des structures de soins (CMP, CATTP, Centre Hospitalier Princesse Grace).

 

 

 

 

13-graphiqueAprès cette présentation générale, Mme Armelle Borro enchaîne sur des exposés de cas présentés avec des graphiques qui mettent en évidence le moment du décrochage scolaire et les effets du DESI. Par exemple, un passage à l’acte entraine une hospitalisation suivie d’un DESI qui permet le passage du brevet grâce à un accompagnement éducatif renforcé.

 

 

 

 

 

 

14-Volet-educatifLe mode d’accompagnement peut comprendre plusieurs séquences limitées dans le temps et adaptées à un objectif à chaque fois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

15-schema-decisionUn schéma explique la complexité de l’élaboration d’un DESI qui met en jeu de très nombreux acteurs. Cependant, précisent les intervenantes, « le DESI doit permettre de réagir dans les dix jours. Il y a beaucoup d’acteurs contactés mais c’est très facile en Principauté. » Le préprojet fait, « on se retourne vers l’élève et on essaie d’obtenir son adhésion, sinon on arrête. » L’exposé s’achève sur une question : qu’est-ce que la réussite ? Il s’agit de garder le lien avec l’école, de redonner confiance pour que l’élève continue à apprendre.

 

Un temps de discussion avec la salle fait suite à l’exposé. Mme Myriam Livolant se déclare impressionnée par le dispositif dont le coût dépasse les possibilités d’un pays comme la France qui retire les aides qui permettraient une telle approche. Mme Armelle Borro lui répond qu’effectivement ça coûte cher, et ajoute : « les adolescents qui deviennent des délinquants car ils ne sont pas aidés coûtent très cher à la société. On a la chance ici de bénéficier de moyens dans le cadre d’une politique intelligente. Merci au gouvernement princier d’avoir adopté cette position. » Mme Elodie Koukoui, en réponse à une question, précise que l’accès au DESI exige une scolarisation dans la Principauté mais pas une domiciliation. Elle répond par ailleurs que le DESI n’est pas là pour faire une évaluation thérapeutique. Mais les situations qui évoluent le mieux, ont bénéficié d’un étayage médical. Le Dr Jean François Goldbroch observe : « nous n’avons pas forcément le même regard, selon que nous sommes dans le scolaire, l’éducatif ou le médical. La confrontation de ces regards permet au patient/élève d’y trouver son compte, et c’est très enrichissant. » Mme Elodie Koukoui informe, enfin, qu’entre 15 et 20 enfants ont bénéficié du DESI depuis sa création.

 

Jean Paul Bossuat

Écrire les chiffres et les lettres apparus ci-dessous, dans le rectangle en dessous