Psy-Cause a été fondée en 1995 par Jean-Paul Bossuat, psychiatre des hôpitaux à Avignon, et Thierry Lavergne, psychiatre des hôpitaux à Aix en Provence, pour promouvoir la théorisation de la pratique de terrain en santé mentale, et contribue aujourd’hui à faire savoir les savoir-faire des psy du monde entier

Journal du congrès d’Ottawa : carnet N°10. Ottawa, Gatineau, Montebello (5 et 6 octobre)

Avec ce dernier carnet consacré au congrès d’Ottawa, nous rejoignons la seconde partie de la matinée du 5 octobre à l’Hôpital Montfort, qui est consacrée à deux communications d’intervenants québécois.

 

01-GalandLa première est coordonnée par la Dre Samia Attia Galand, psychiatre à l’hôpital Pierre Janet de Gatineau, qui a beaucoup mobilisé dans son établissement situé en vis à vis de l’hôpital Montfort, au nord sur l’autre rive de la Rivière des Outaouais, fleuve frontière entre l’Ontario et le Québec. Rappelons que dès le départ de notre projet de congrès, il avait été établi le principe d’une coopération privilégiée entre les deux établissements. En mars 2013, la Dre Samia Attia Galand avait accepté d’être notre référente à l’hôpital Pierre Janet. Son engagement est à l’origine de la communication pluridisciplinaire par des professionnels de l’hôpital Pierre Janet, intitulée « Impact de la culture en santé mentale : intervenir autrement ». Outre la Dre Samia Attia Galand, psychiatre et professeur associée avec l’université Mc Gill tant à Ottawa qu’à Montréal, cette communication associe Mr Daniel Riberdy, psycho-éducateur, Mr Raynald Caron, infirmier clinicien et Mme Jocelyne Alary, ergothérapeute. La Dre Samia Attia Galand attire notre attention sur l’évolution de l’immigration annuelle au Canada qui ne concerne plus que 19% d’Européens. Cela entraine une prise de conscience des autorités sur cette question des minorités.

 

02-Christo-TodorovLe Pr Christo Todorov, Professeur agrégé de psychiatrie à l’Université de Montréal, Médecin chef du programme des troubles anxieux et de l’humeur dans l’Institut Universitaire en Santé mentale de Montréal, communique sur « le culturel dans la psychopathologie des minorités ethniques et l’universalité des maladies médicales. » Lui même d’origine bulgare, il est sensibilisé à cette question et considère qu’il y a lieu de bien distinguer la compréhension de l’explication, égratignant Sigmund Freud au passage. Il insiste sur la nécessité d’une « discipline de la pensée ».

 

Cette communication clôt les trois demi-journées de congrès qui se déroulent à l’auditorium de l’Hôpital Montfort, en Ontario.

 

Après le déjeuner, les congressistes canadiens intéressés sont invités à franchir un pont sur la Rivière des Outaouais pour se rendre à une réunion à l’Hôpital Pierre Janet à Gatineau en Québec.

 

03-Pont-AlexandraEn effet, cet établissement partenaire privilégié du congrès a mis à notre disposition la salle Jeanne d’Arc Charlebois, du nom d’une ancienne infirmière, pour une après midi consacrée à un échange dans le but de la création d’une société scientifique Psy Cause Canada dont le statut légal est à définir. L’association Psy Cause International et la revue Psy Cause, sont représentées par le Dr Jean Paul Bossuat, président de l’association et directeur de la revue, ainsi que par Mme Marie José Pahin, membre du conseil d’administration et rédactrice en chef. Le Pr Raymond Tempier, lui même rédacteur dans la revue Psy Cause et coprésident du comité d’organisation du congrès, assure le secrétariat de séance.

 

04-groupeAssistent également à la réunion, le Pr François Borgeat, rédacteur dans la revue Psy Cause, la Dre Samia Attia Galand qui nous accueille dans son hôpital, le Dr Pierre Migneault, psychiatre à Montréal connu pour ses centres d’intérêt littéraires, le Pr Maurice Dongier qui, après une brillante carrière hospitalo-universitaire à Marseille puis à Liège, dirigea à Montréal le Département de psychiatrie de l’Université McGill puis la division de recherche clinique du Centre de recherche de l’hôpital Douglas, la Pr Suzanne Dongier, pédopsychiatre dans le Programme de pédopsychiatrie de l’hôpital/Institut Douglas et Professeure agrégée dans le Département de psychiatrie de l’Université McGill, à Montréal, et le Dr André Gagnon, psychiatre à l’hôpital Pierre Janet. Se sont excusées deux personnalités qui avaient souhaité venir et ont affirmé leur accord avec la démarche objet de la réunion : le Pr Emmanuel Stip qui dirige le Département de psychiatrie à l’Université de Montréal, et le Dr Jean Dominique Leccia mobilisé par la logistique de son intervention du matin.

 

Le Dr Jean Paul Bossuat et Mme Marie José Pahin rappellent que Psy Cause a une dimension francophone internationale, est présente par sa revue dans 28 pays et se décline dans le cadre associatif avec l’association Psy Cause International qui finance la revue et coordonne des chapitres nationaux constitués selon des statuts divers adaptés au contexte, tels que Psy Cause Cameroun, Psy Cause Côte d’Ivoire et bien sûr Psy Cause France. La dimension internationale de Psy Cause est relativement récente et la déclinaison par pays n’a commencée à être mise en place que depuis un peu plus d’une année. Très présente dans l’Afrique subsaharienne, Psy Cause développe sa présence en Asie avec le Cambodge où les professionnels sont en train de s’organiser, et souhaite la mise en place d’un réseau francophone Psy Cause au Canada lié par convention à Psy Cause International où il sera représenté. La revue Psy Cause, en s’appuyant sur des réseaux nationaux, n’a pas pour vocation d’être une revue « française » mais véritablement « internationale » et francophone. Enfin, il est rappelé que la revue Psy Cause compte de nombreux rédacteurs européens dont la langue maternelle n’est pas le Français mais qui font le choix d’écrire en Français.

 

Le Pr Raymond Tempier rappelle qu’il est présent à cette réunion en tant que psychiatre de l’Ontario et que le projet Psy Cause Canada doit être un projet francophone dans l’ensemble du Canada. Le fait que les travaux scientifiques du congrès se déroulent le vendredi et le samedi à l’hôpital Montfort dans l’Ontario et le dimanche à Montebello dans le Québec, situe le contexte de cette réunion.

 

La discussion entre les participants auxquels le Pr Raymond Tempier adressera un compte rendu détaillé en tant que secrétaire de séance, a porté sur le statut légal de Psy Cause Canada : plusieurs formules ont été abordées et cette question va être travaillée. Elle a porté également sur ce qui fait sens dans Psy Cause. Outre la francophonie, il apparaît que l’élément le plus mobilisateur au Canada est la pluridisciplinarité. Il existe un besoin d’une structure scientifique qui institue des échanges entre les différentes professions concernées par la santé mentale au Canada.  L’idée fondatrice de Psy Cause, il y a 18 ans dans le contexte français, était de préserver une réflexion en équipe pluridisciplinaire autour du malade mental, menacée par une évolution qui autonomisait chaque catégorie professionnelle. Au Canada aujourd’hui, cette approche est d’une grande pertinence.

 

Est également évoquée la question du numérique par rapport au support papier pour la publication des articles. C’est un débat actuel au sein de la revue et l’on devrait s’orienter vers le maintien d’une revue papier haut de gamme et plus exigeante quant aux articles publiés en nombre limité du fait du support, et vers le lancement d’une publication internet sur le site psycause.info dans la rubrique déjà prévue à cet effet « e-Psy Cause » plus rapide et réactive. Plusieurs participants louent la qualité du site psycause.info. Il se trouve que la conception et la maintenance du site est confiée à un informaticien tunisien, Mr Mouez Ouiriemmi. Le partenariat entre la revue « Santé mentale au Québec » et la revue « Psy Cause », est abordé. Il n’en est qu’aux préliminaires. Le principe a été approuvé au niveau de Psy Cause. Ce partenariat devrait concerner tant la direction de la revue Psy Cause que tout naturellement Psy Cause Canada.

 

Telles sont les grandes lignes de cette réunion du 5 octobre 2013 dans la salle Jeanne d’Arc Charlebois de l’Hôpital Pierre Janet à Gatineau. Cette réunion annonce que le congrès d’Ottawa marque un point de départ vers une dynamique canadienne de Psy Cause.

 

05-PlafondLe lendemain 6 octobre, nous poursuivons nos travaux dans un endroit mythique, le Château de Montebello, un hôtel, isolé dans la forêt, entièrement bâti en rondins de bois dans lequel le Président français Georges Pompidou aimait séjourner avec son épouse pour se ressourcer. Il n’y a pas si longtemps, s’y est tenu le G7. C’est un bel endroit pour notre dernière matinée de congrès. Une salle charmante est mise à notre disposition pour réunir les congressistes français et les personnalités d’Amérique du Nord (puisque nous avons ce matin un communicant venu des États Unis) qui ont fait le chemin un dimanche matin. Le soleil est encore présent le matin, pour le plus grand bonheur des congressistes, nous allons le voir.

 

06-Myriam-FayEn effet, la première partie de la matinée est consacrée à une initiation à la « Thérapie par la pleine conscience » (« Mindfullness Therapy » en anglais). Les exercices proposés sont dans la continuation de notre congrès de Siem Reap au Cambodge en novembre 2012, dont le thème était « Le bouddhisme en psychiatrie et dans les psychothérapies ». Ces exercices sont dirigés par Mme Myriam Fay, ergothérapeute dans la clinique externe du programme de santé mentale de l’Hôpital Montfort. Après une brève présentation théorique de la thérapie, elle procède à une séance de respiration dont l’objectif n’est pas l’hypnose comme en relaxation, mais d’atteindre un état d’objectivation de ce qui nous entoure en nous concentrant sur notre respiration. Cet exercice est complété par une méditation marchée dans le parc en nous concentrant sur nos pas tout en captant l’environnement. Enfin, nous nous focalisons sur une représentation d’un cercle des êtres que nous avons aimés dans notre vie afin de prendre conscience de notre capacité à la compassion. Une sagesse bouddhiste d’un moine vietnamien émigré en France et qui a contribué à la naissance de cette thérapie, en résume bien la philosophie : « seul le présent est à notre portée. Le passé n’est plus et le futur n’est pas encore arrivé. Parce que nous savons que le présent est fait du passé, alors le futur sera fait du présent. La seule chose dont nous avons à être responsables, est le moment présent. »

 

07-Lewis-Mehl-MadronaAprès une pause et, il faut bien le dire, particulièrement réceptifs, nous écoutons le communicant suivant. Celui ci est un psychiatre amérindien venu des États Unis (du Vermont), le Pr Lewis Mehl Madrona. Il nous parle du Saskatchewan où il a exercé en même temps que le Pr Raymond Tempier, il y a quelques années, et a recueilli les données de l’étude qu’il nous présente. Il insiste sur l’importance de « l’écoute authentique » dans le processus de guérison chez les Amérindiens. « Un ancien a dit : les gens vous disent ce qui ne va pas si vous les écoutez ». Le travail du thérapeute est dans le domaine de la psychologie narrative. La souffrance actuelle est parlée dans le contexte d’une histoire. Nous devons abandonner notre tendance à penser que nous en savons plus sur les gens que ce qu’ils en savent eux mêmes et écouter l’histoire unique de chacun. La conception des aînés qui pratiquent ce travail d’écoute comprend l’existence du soi qui est une histoire qui a surgi à travers les relations. Les aînés, réunis pour le diagnostic, écoutent toutes les histoires que les gens racontent autour de la personne, histoires qui sont constitutives du soi. Le soi est construit par d’autres personnes que l’individu : la mère d’abord ou les autres personnes qui élèvent l’enfant, deuxièmement par les pairs et troisièmement par l’histoire et la culture. Cette conception du soi, fait observer notre conférencier, n’est pas éloignée de la psychanalyse.

 

Les aînés, poursuit le Pr Lewis Mehl Madrona, sont imprégnés de l’idée que la nature elle même guérit et que nous faisons partie de la nature. Le retour à la nature entraine une autoguérison. La santé est, pour les Amérindiens, le résultat net de l’équilibre et de l’harmonie dans toutes nos relations. « Elle est réalisée en cultivant la compréhension au sein de nos relations, y compris celles avec le monde naturel. » La loi naturelle de la création est « l’interconnexion, l’interdépendance et la reconnaissance de notre statut inférieur dans la mythologie de la création. » Un mot spécifique dont la traduction littérale est « la tête de l’un sur le côté », se réfère à un manque d’harmonie, à un état de maladie ou de déséquilibre.

 

08-Sinziana-Veronica-LoisoNous clôturons les travaux du congrès en donnant la parole à notre benjamine dans Psy Cause : la Dre Sinziana Veronica Loiso, psychiatre à l’Hôpital de Fains Veel (Meuse), responsable du projet de congrès Psy Cause en 2016 à Iasi, en Roumanie dont elle est originaire. Le thème de sa communication est « Danse : modalités d’expression chez les minorités. » Elle nous présente un certain nombre d’exemples de mise en œuvre de cette approche dans sa pratique professionnelle, approche bénéfique comme modalité d’expression infraverbale tant au niveau du langage corporel que dans la dimension relationnelle. La pratique de la danse permet alors une expression d’appartenance à une communauté et une culture, une expression de sa propre identité, une transmission de ses ressentis et de libérer ses émotions.

 

Au total, ces trois journées de congrès ont été riches en découvertes et en émotions. Elles ont permis un dialogue pluridisciplinaire associant des professionnels de l’Amérique du Nord appartenant à plusieurs cultures et des professionnels français eux mêmes concernés par les phénomènes migratoires qui sont au premier plan en ce début du XXI° siècle. Ces journées ont également été un cap dans l’évolution internationale de Psy Cause. Notons que quatre professionnels ont fait leur entrée dans Psy Cause à l’occasion de ces rencontres : la Dre Samia Attia Galand devient rédactrice et membre de Psy Cause International, elle est d’accord pour créer une dynamique à l’Hôpital Pierre Janet ; le Dr Jean Dominique Leccia devient rédacteur et approfondira le lien entre Psy Cause et la Nation Mohawk à Kahnawake ; le Dr Jean Paul Olivier (de Belfort), grand connaisseur du Canada où il a exercé, devient secrétaire de rédaction adjoint du Dr Thierry Lavergne à l’Amérique du Nord ; la Dre Sinziana Veronica Loiso devient rédactrice dans le cadre de sa mission pour un congrès en Roumanie en 2016. Et, pour conclure, Psy Cause devient désormais également canadienne de par les perspectives qui se sont profilées au fil des rencontres en Ontario et au Québec.

 

Jean Paul Bossuat

Écrire les chiffres et les lettres apparus ci-dessous, dans le rectangle en dessous