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Psy Cause Cameroun : Maladie-Santé-Terrain (MST) N°5. Conférence à Yaoundé pour la prévention du VIH/Sida (16 novembre 2017)

La conférence, qui a débuté aux environs de 10h à l’hôtel La Falaise, a vu la participation d’une équipe des chercheurs du laboratoire de sciences sociales Psy Cause Cameroun. Cette conférence est considérée par le maître des cérémonies comme une journée de riposte. Encouragée par lui, la salle, remplie d’environs huit cents participants, est invitée à sa suite, à reprendre en chœur le slogan adopté pour cette année par les populations clés (PC). Il lance alors : « Droit à la santé » et au public de répondre : « accélérons la riposte ». Le même exercice est répété en anglais : « Right to Health », la salle, toute ensemble reprend : « let us accelerate response ». La situation de la prise en charge des PC en matière de VIH/Sida au Cameroun est le sujet principal autour duquel s’articulera le programme du jour. Il est déroulé ainsi qu’il suit : exécution de l’hymne national, mot de présentation et projection de quelques vidéos.

 

Le panel des conférenciers est constitué du Secrétaire Exécutif du Comité National de Lutte contre le Sida (CNLS), de la représentante de l’ambassade des Etats-Unis, de la Directrice de Care Cameroon, du représentant de l’instance de coordination nationale de MARPS (Most At-Risk Populations). C’est ce dernier qui inaugurera la séance des discours du panel. Son discours portera sur la constitution des PC et leur rapport avec la pandémie. Les PC regroupent les travailleuses de sexe (TS) et leurs clients, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et les populations mobiles. Le taux de prévalence dans cette catégorie de la population est cinq fois plus élevé que la moyenne nationale. Une prévalence qui se justifie entre autres par la forte discrimination et stigmatisation dont elle fait l’objet. D’où son plaidoyer pour l’amélioration de l’accès aux soins de santé pour cette catégorie de la population.

 

Le prochain mot sera de la représentante de l’ambassade des Etats-Unis. Elle reviendra sur le partenariat que le gouvernement américain entretient avec le Ministère camerounais de la santé publique en général et en particulier avec le CNLS. Elle rappelle que cette coopération se justifie par la conviction de la part de son pays que l’accès aux soins de santé est un droit fondamental. Elle invite alors à l’union des forces contre le VIH/Sida.

 

La série de présentations a été ouverte par le CNLS et avait pour titre : Populations clés, droit à la santé et riposte au VIH/Sida. L’exposant a, tour à tour, évoqué les actions clés en direction des PC dans les plans stratégiques de lutte contre le Sida, la situation de la discrimination et de la stigmatisation à l’égard des PC, et l’offre de service de prévention par les PC. Deux plans stratégiques, à savoir, celui de 2011-2015 et celui de 2014-2017, ont pris en compte des actions stratégiques en direction des PC. Celles-ci concernaient aussi bien les structures communautaires et les comportements à risque que le plaidoyer auprès des forces de l’ordre et des acteurs du pouvoir judiciaire. Le nouveau plan stratégique, celui de 2018-2022, prend en compte, en plus de la préservation des acquis, le renforcement des actions stratégiques précédentes. La discrimination et la stigmatisation des PC restent un frein à leur prise en charge. Pour y remédier, un accent est mis sur la formation des personnels de santé. L’offre de service de prévention a pour objectif de réduire l’intolérance dont souffre cette catégorie de la population.

 

La deuxième présentation : « Prévention du VIH chez les Populations clés. Le cas du volet fonds mondial avec la CAMNAFAW (Cameroon National Association for Family Welfare) ». Elle est revenue sur la situation avant le projet, les populations cibles touchées, les zones d’intervention, les partenaires de mise en œuvre du projet fonds mondial, les résultats obtenus et les solutions envisagées. En 2008, un projet pilote a été mis en œuvre essentiellement dans la ville de Yaoundé. Pour ce qui est du projet fonds mondial en cours, la constitution des PC est la même que celle présentée par le CNLS. Le projet couvre tout le territoire national qui a été reparti en trois zones. La première concerne les régions du Centre, Sud et Est ; la deuxième, les régions Littoral, Sud-Ouest, Nord-Ouest et Ouest et la troisième regroupe les régions de l’Adamaoua, Nord et Extrême-Nord. C’est cette évolution, illustrée par la cartographie d’intervention sanitaire, qui est à saluer même si le combat contre la stigmatisation continue.

 

La troisième présentation intitulée « Amélioration de la santé des Populations clés » est l’œuvre de Care Cameroon. Les groupes cibles identifiés dans le cadre de leur action stratégique sont constitués des TS, HSH et les usages de drogues injectables. Parmi ces cibles, TS et HSH se distinguent par leur difficile accès au traitement du fait de la stigmatisation dont elles font l’objet. Ce qui empêche effectivement de les lier sous traitement. Une autre difficulté, observée dans la prévention et la prise en charge des PC, réside dans l’insuffisance des recherches menées au sein de celles-ci. L’étude qui a été faite dans le cadre du programme CHAMP (Continuum of Prevention Care and Treatment of HIV/AIDS with Most at-risk Populations) a contribué à remédier à cette carence. Les constats suivants en découlent : le taux de prévalence de la population générale est de 4,3% ; celui des PC notamment des TS et HSH est beaucoup plus élevé. De plus ce taux de prévalence chez les PC varie non seulement en fonction des groupes cibles du projet (TS et HSH), mais aussi des villes.

 

Le projet a été mis en œuvre grâce au concours du gouvernement, des partenaires bi et multilatéraux et les organisations communautaires (OC). Ces OC étaient valablement représentées dans la salle et la présentatrice a tenu à saluer leur contribution à cette recherche. Ce sont entre autres, Affirmative action of Bamenda, Horizons femmes, Humanity first, Psy Cause Cameroun et RENATA. Le projet mis en œuvre dans les villes de Yaoundé, Douala et Bamenda a donné les résultats ci-après détaillés. Plus de 43000 TS ont été contactées et sensibilisées en matière de prévention ; plus de 15000 ont été dépistées pour environs 3000 déclarées séropositives parmi lesquelles un peu plus de 1000 ont été liées sous traitement. Plus de 18000 HSH ont été contactés dans le cadre des campagnes de prévention ; plus de 7000 dépistés parmi lesquels environs 1000 vivent avec le VIH pour 563 mis sous traitement. Le succès de cette étude est lié à une meilleure approche déployée envers les cibles, notamment l’établissement des points de rencontre avec les TS et les HSH. De plus, la baisse de la discrimination et de la stigmatisation dans les structures sanitaires favorise la prise en charge des TS et HSH. Cependant, une multiplication des sites de rencontre s’impose ; ceux précédemment crées sont déjà saturés.

 

Les clients des TS ont également fait l’objet de cette recherche. 8000 contacts ont été faits pour la prévention ; plus de 3000 ont été dépistés parmi lesquels 187 déclarés séropositifs pour 132 liés sous traitement. C’est à travers la stratégie « sexe and test » que ces clients ont été impliqués dans l’étude. En effet, ce sont les TS qui référaient eux même leurs clients vers les points de dépistage. Néanmoins, des défis subsistent ; une bonne partie des groupes cibles n’a pas encore été contactée pour la prévention, le dépistage et la mise sous traitement. La mobilisation des partenaires et des enfants des partenaires reste à être améliorée afin de devenir systématique ; une meilleure coordination avec des partenaires qui œuvrent pour l’amélioration de l’accès au service VIH. La réduction de la stigmatisation reste un objectif majeur. Des défis qui ne cachent pas le succès d’un projet parti de la prévention des groupes cibles pour prendre en compte aujourd’hui le dépistage et le lien sous traitement. La durabilité d’un tel projet, passe par l’appropriation par les groupes cibles des comportements sans risque qui dans un premier temps leurs sont inculqués. Mais, il est indispensable que dans un second temps eux-mêmes les pratiquent sans forcement une intervention de notre part.

 

Le témoignage de Fanny, une TS d’une trentaine d’années et mère de deux filles résidant à Douala, va marquer un autre temps fort de cette conférence. « Si je fais ce travail ce n’est pas de ma faute. C’est que j’ai eu une vie très difficile. Donc, je remercie les dames ci, les dames de Horizons femmes, parce que quand j’étais au couloir, je ne connaissais pas qu’on fait les tests, qu’on fait ceci, cela par ci par là. Moi c’était juste pour faire mon travail, pour payer ma maison, de mes pauvres petites filles qui sont à la maison ». Faire le dépistage n’aide pas seulement à connaître son statut sérologique, mais aussi à prévenir des Infections Sexuellement Transmissibles (IST) comme la Syphilis, l’Herpes, le Chlamydiae ou l’infertilité. Mais, l’environnement dans lequel elle exerce est difficile voire dangereux. Elle laisse entendre par la suite : « Il y’a des clients qui te violent ; qui te…qui fini de faire l’amour avec toi… dernièrement le client m’a donné même un coup de poing, il a arraché mon argent ». La violence de certains clients s’ajoute à celle des forces de l’ordre. Elle explique au public que ce métier qu’elle pratique aujourd’hui est un choix par défaut. Défaut d’une scolarisation suffisante, défaut d’un encadrement familial adéquat. Mal aimée par la femme de son père, ayant pris une grossesse indésirée dont l’auteur n’assumera pas ses responsabilités, la solution que lui avait conseillée une copine pour faire face à ces difficultés était alors de devenir une « fille du couloir ». La jeune fille reste reconnaissante envers Horizons femmes pour la peine que cette organisation se donne pour l’encadrement des TS dont elle fait partie. Une véritable famille pour elle !

 

Au témoignage de Fanny, succède un autre ; celui de la Directrice du CETIF communal de Yaoundé 1er, un collège d’enseignement technique dont la majorité des élèves est de sexe féminin. Les élèves y bénéficient d’une éducation axée non seulement sur les meilleurs comportements à adopter au sein de leur famille d’une part et dans la société d’autre part, mais aussi sur des métiers favorisant leur insertion socioprofessionnelle. Plus de deux mois après la rentrée scolaire, elle a néanmoins admis une nouvelle élève. Elle relate les motifs de cette acceptation comme suit : « Deux représentantes du RENATA sont venues me rencontrer ; je m’apprêtais déjà à leur dire que les recrutements sont arrêtés. Mais, lorsqu’elles m’ont parlé de la situation de l’enfant qu’il fallait recruter, en tant que mère et éducatrice, j’ai essayé de comprendre. Ça m’a touchée, parce qu’un enfant…j’ai été touchée, pour une fille de 17 ans, une jeune fille non scolarisée qui est encore à la maison, dans un mauvais quartier…je ne citerai pas le quartier, c’est un très mauvais quartier. Il fallait à tout prix que l’enfant aille à l’école ». Celle-ci est alors recrutée en classe de première année et sans complexe, s’en sort plutôt bien, heureuse d’être un enfant comme tous les autres. De nombreux cas similaires se retrouvent dans plusieurs quartiers de Yaoundé ; pour ceux-là, la Directrice est prête à les accepter.

 

La séquence projection va constituer la dernière articulation de la conférence. Cinq vidéos vont être tour à tour projetées. La première projection est un extrait de treize minutes d’un documentaire de cinquante-deux minutes réalisé par CHAMP. Elle retraçait la vie de deux TS et deux HSH par rapport à l’accès aux soins de santé.

 

A suivi le mot du Secrétaire exécutif CNLS. Il s’est appuyé pour ce faire sur les propos du Ministre de la santé publique tenu à l’occasion de la conférence régionale sur les PC à Yaoundé. Il disait : « L’objectif 90-90-90 est possible même au sein des PC qui ne doivent pas se sentir à tort ou à raison marginalisées, stigmatisées. Car tout le monde a droit à la santé, quel que soit la couleur de sa peau, sa religion, ses orientations sexuelles ». Il a insisté sur la lutte contre la marginalisation et la stigmatisation des PC pour qu’elles baissent de moitié en 2018. Il invite les PC qui sont les acteurs et les bénéficiaires des interventions de la lutte contre le Sida, à faire preuve de beaucoup de responsabilité afin de ne pas perdre les acquis obtenus depuis ces longues années. Il a fini en remerciant tous les partenaires à cette conférence et leur a donné rendez-vous le 1er Décembre, pour la célébration de la journée mondiale de lutte contre le Sida sous le thème : « Droit à la santé » et le slogan : « Accélérons la riposte ».

 

La deuxième projection est un spot emprunt d’humour qui vise à faire la promotion du dépistage. La troisième vidéo est un spot intitulé : « Parle encore » qui milite contre la stigmatisation des personnes qui entretiennent des relations sexuelles avec les partenaires de même sexe. La quatrième projection montre l’effet des antis retro viraux (ARV) sur la santé; plus précisément, elle montre comment on peut vivre malgré la maladie. La cinquième et la dernière vidéo avait pour titre « Time for treatment ». Une chanson qui invitait les malades à passer à l’étape du traitement après un dépistage positif.

 

A la fin de cette séquence vidéo, les équipes techniques ainsi que les acteurs ont été remerciés. Une reconnaissance spéciale a été faite à l’endroit de Care Cameroon qui a supervisé la réalisation de tous ces supports de communication. Le rendez-vous a été pris pour le 1er Décembre.

 

Par Fandio Fangzou Henri & Mbarga Sennen ; tel : (+237) 6944482557/675893382.

Sous la coordination de Dr Ndonko Peguy, Directeur du laboratoire Psy Cause Cameroun

Email : pegndonko@yahoo.fr; tel : (+237) 677539213/242811596.

 

 

 

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