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Psy Cause Canada au cinquantième congrès de l’AMPQ à Mont Tremblant (Volet N°3 : la conférence)

Pourquoi avoir invité le professeur Philippe Jeammet à nous faire une communication pour marquer le premier événement de notre association AMPQ/Psy Cause Canada dans le cadre du 50ème congrès annuel de l’AMPQ ?

Comment nous en être félicités autant après?

 

Par : Suzanne Lamarre, psychiatre et co-coordonnateur de l’événement Psy Cause /AMPQ 2016

 

15-Lamarre-confLa petite histoire derrière cette invitation :

nouveaux arrivés dans Psy Cause International, Marcel Hudon et moi voulions créer un événement Psy Cause Canada en collaboration avec l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) lors de notre 50ème congrès annuel.

Le docteur Pierre Assalian, président du Comité de Développement Professionnel de l’AMPQ et la docteure Karine Igartua, présidente à la fois de l’AMPQ et du congrès nous avait donné toute la latitude pour le choix du conférencier.

Marcel Hudon, un psychiatre psychanalyste et le co-coordonnateur avec moi de Psy Cause Canada, avait connu le Professeur Jeammet lors de la quinzaine scientifique Albert Prévost, édition 1989, une rencontre annuelle organisée conjointement par le département 16-Hudon-confde psychiatrie de l’université de Montréal[1] et le pavillon Albert Prévost de l’hôpital Sacré-Cœur de Montréal.

Pour ma part, travaillant dans le réseau de McGill dans une approche systémique tout en étant préoccupée par l’expérience du patient, c’était la première fois que j’avais la chance de participer à un projet scientifique avec Marcel. Notre première rencontre s’est tenue à son cabinet. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir de nombreux classeurs remplis d’articles et tous si bien classés qu’il a pu retirer sur-le-champ les écrits des trois auteurs potentiels dont nous discutions. Marcel révélait au cours de ces échanges non pas seulement une préoccupation d’un savoir bien rangé mais une passion hors du commun pour une psychiatrie pleine d’humanisme. En lisant les textes du professeur Jeammet et la préférence de Marcel pour ce psychiatre d’adolescents, je n’ai pu que souhaiter connaître au plus tôt ce médecin qui parlait de la maladie mentale à la façon d’un systémicien tout en questionnant les théories psychanalytiques qui auraient pu ramener son patient à un objet de traitement et nuire ainsi à la reconstruction de sa vie.

J’avais l’impression que nous tenions l’invité idéal pour Psy Cause, un psychiatre qui n’avait eu de cesse de douter de ses théories pour en proposer de nouvelles, favorisant la relation thérapeutique avec son patient.

 

Un seul bémol pour le choix de cet invité : la valeur scientifique de ses nouvelles pratiques était encore du niveau anecdotique. Baignant dans une psychiatrie fondée sur les preuves, je craignais que ce professeur qui valorisait son savoir à partir des témoignages de ses patients devenus adultes, ne puisse être contesté pour son manque de recherches avec cas-témoins.

 

Cette crainte s’est vite dissipée lorsque le Professeur Jeammet s’est présenté au micro le 3 juin. Je résume à partir de mes propres préoccupations.

 

17-Jeammet-confQui fait la différence dans une psychothérapie efficace si ce n’est le thérapeute ? Les recherches les plus poussées sont unanimes à confirmer que la vraie différence d’une intervention thérapeutique se situe dans le thérapeute et non dans sa méthode. C’est dès les premiers moments de sa conférence que le Professeur Jeammet aborde les principaux obstacles à l’établissement d’une relation thérapeutique qui favorise la construction plutôt que la destruction chez son patient.

 

En se laissant inspirer par son impuissance lors de la stagnation d’une thérapie, le thérapeute se questionnera plutôt sur son modèle d’intervention que sur la motivation de son patient. En effet la maladie n’est pas un choix mais provient des émotions qui sont d’ordre biologique, pour la défense du territoire ou encore de son identité comme personne autonome.

 

Et voilà qu’il nous propose une nouvelle définition de la maladie mentale, une maladie des émotions qui relèvent du biologique. Le patient ne choisit pas cette contrainte qu’est la maladie mais grâce à sa capacité réflexive qui lui est unique parmi les mammifères, et dans un rapport d’« empowerment » avec son entourage et son thérapeute, il pourra inverser ses conduites adaptatives à des fins de rétablissement. En des mots simples, le thérapeute devra établir un rapport de confiance à l’égard de son patient qui aura alors plus de chances de choisir la co-construction avec les autres, dans ce lien de confiance, que la destruction de lui-même sans les autres pour mettre fin à ses peurs.

 

Je rêvais de faire une demi-journée sur la radicalisation des jeunes en invitant Guy Ausloos[2] et Cécile Rousseau[3] pour réfléchir avec Philippe Jeammet sur une démarche commune de transformation des rapports entre le jeune radicalisé et son entourage. J’ai rencontré à ce propos Guy Ausloos à qui j’ai confié mon intérêt des dernières années sur les valeurs bouddhistes et sur cette idée de rencontre alors que lui, psychiatre systémicien d’origine belge, avait été confronté par les tueries de Bruxelles en mars dernier. Guy que j’ai toujours considéré comme le maître des formules me proposait celle-ci à retenir pour décrire les conduites destructrices des jeunes radicalisés à partir de leurs émotions de défense de leur territoire: Le triple A : Attachement, Aversion, Appartenance.

 

En entendant Philippe Jeammet, tout en remettant à plus tard cette rencontre de systémiciens et de psychanalystes, nous ne pouvions rêver mieux d’une vision commune des valeurs humanistes universelles appliquées à la pratique de la psychiatrie, peu importe les mondes théoriques dont nous nourrissons. Jack Kornfield[4], ce psychologue bouddhiste nous propose des chemins sains, que PJ appelleraient de co construction, dans des valeurs telles que la sagesse, l’amour et la générosité. Pourquoi ne pas se rappeler ces valeurs dans l’acronyme SAGESSE : Sagesse, Amour, Générosité, Equité, Savoir, Sollicitude, Empowerment.

 

Un chercheur me rappelait qu’il serait bon maintenant d’étudier les tendances d’amélioration suscitées par un traitement plutôt que de s’en tenir uniquement à la courbe moyenne des résultats dans les recherches avec cas–témoins alors que certains résultats peuvent s’avérer tout-à-fait nuisibles.

 

Philippe Jeammet est dans une lignée de chercheurs cliniciens qui se laissent inspirer par la rétroaction à long terme de ses patients : ses résultats se retrouvent dans les témoignages de ces derniers dont quelques-uns ont vu leurs ouvrages publiés par la maison Odile Jacob :

– Polo Tonka  Dialogue avec moi-même,  O. Jacob, 2013 (en rapport avec sa schizophrénie)

– Agathe Lenoël Qui suis-je quand je ne suis pas moi,  O. Jacob, 2015 (en rapport avec ses troubles bipolaires)

– Nicole Desportes Voyage jusqu’au bout de la vie, O. Jacob, 2016 (en rapport avec ses troubles alimentaires)

 

18-Jeammet-2Un clinicien qui continue à être passionné par son travail a probablement trouvé une façon d’aider son patient qui l’encourage à continuer dans le même sens ou à utiliser ou créer de nouveaux concepts pour rejoindre son patient dans des adaptations plus saines. Un participant a demandé à PJ d’où prenait-il son enthousiasme à traiter. Le professeur Jeammet de répondre que cette vitalité est essentielle à toute relation thérapeutique pour permettre à son patient de rediriger la sienne dans une co construction plutôt que dans la destruction.

 

Marcel et moi, ravis par l’enthousiasme suscité par notre conférencier lors du congrès de l’AMPQ et par le kiosque de Psy Cause tenu lors de ces journées, aimons penser que Psy Cause permet un aller-retour entre la psychiatrie fondée sur l’expérience et la psychiatrie fondée sur les preuves : from Experience-based Psychiatry to Evidence-based and back to Experience-based, avec le développement des neurosciences et les valeurs humanistes.

 

C’est le message que Philippe Jeammet souhaitait laisser : « écoutez votre patient avec passion et c’est là votre professionnalisme. C’est votre patient qui trouvera son chemin, ses chemins dans la transmission de la vie plutôt que dans des projets de mort. »

 

Et c’est ce qui a si bien passé lors de cette rencontre, la transmission d’un message de vie dans notre travail au quotidien en psychiatrie.

 

 

[1] Il y a 4 départements de psychiatrie universitaires au Québec : deux sont localisés à Montréal, ceux de l’Université de Montréal et de l’Université McGill, un autre à Québec, celui de l’Université Laval et le dernier-né à Sherbrooke (créé en 1967) celui de l’Université de Sherbrooke.

[2] Guy Ausloos, est psychiatre, psychanalyste et psychohérapeute. Originaire de Belgique, il vit au Québec depuis plus de 25 ans. Sa réputation de grand spécialiste de la thérapie des adolescents, notamment d’adolescents délinquants, et en urgence psychiatrique n’est plus à faire. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, il est l’auteur de « La compétence des familles », paru aux Éditions Érès, et membre fondateur des revues «Thérapie familiale» et «Relations»

[3] Cécile Rousseau est psychiatre, professeure titulaire au Département de psychiatrie de l’Université McGill. Elle est également directrice scientifique du CSSS-CAU de la Montagne. Elle est responsable de l’équipe de recherche FRSQ «Écoles, culture et santé mentale : une articulation à repenser dans une société en transformation».

[4] Kornfield, Jack : « Bouddha : mode d’emploi pour une révolution intérieure » 2008 et pour la traduction française, Belfond, 2011 et Pocket 2013, P. 100 pour la citation.

 

 

 

 

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