Psy-Cause a été fondée en 1995 par Jean-Paul Bossuat, psychiatre des hôpitaux à Avignon, et Thierry Lavergne, psychiatre des hôpitaux à Aix en Provence, pour promouvoir la théorisation de la pratique de terrain en santé mentale, et contribue aujourd’hui à faire savoir les savoir-faire des psy du monde entier

Un rédacteur de Psy Cause à Genève

En cette année 2015, un nouveau cap s’amorce dans Psy Cause : une présence, en Europe, dans des pays et territoires francophones hors de France. La première étape, amorcée en Principauté de Monaco courant 2013, se concrétise les 9 et 10 octobre prochain avec un congrès dans le Centre Hospitalier Princesse Grace. La seconde étape concerne la Suisse. Le 22 février 2015 nous écrivions au Pr François Ferrero, de l’université de Genève, qui avait présidé à la nomination du Pr Ka Sunbaunat au prix pour les droits de l’homme en psychiatrie : « vous aviez évoqué, il y a quelques mois, la possibilité de nous proposer des contacts suisses pour Psy Cause. Nous serions honorés d’accueillir au sein de notre comité de rédaction francophone et/ou au sein de notre association internationale, des psys suisses. »

 

01-Othman-SentissiC’est ainsi que nous avons été mis en rapport avec le Dr Othman Sentissi qui, le premier, a accepté de s’engager, nous écrivant le 20 avril 2015 : « Je vous remercie pour votre mail. Je suis honoré par votre proposition et je suis disposé à collaborer à votre revue qui traite de thèmes qui sont importants et cruciaux. » Il fait son entrée dans le comité de rédaction francophone de la revue Psy Cause et accepte de contribuer à la promotion de Psy Cause à Genève.

 

Ancien interne des Hôpitaux de Casablanca, il a poursuivi ses études en Belgique en étant interne des Hôpitaux à Bruxelles. Il a évoqué avec nous la richesse de cette expérience dans ce pays où la psychiatrie est au carrefour des courants de pensée européens. Nous avons ainsi échangé avec lui à propos de l’enseignement à l’université francophone 02-Agora-de-Louvain-la-Neuvede Louvain la Neuve, du Pr Jacques Schotte (décédé en 2007) sur la psychiatrie des pulsions inspirée de Szondi, enseignement qu’il a suivi. Il a parachevé sa formation à Paris, en tant que praticien associé à l’Hôpital Sainte Anne, obtenant un doctorat en neurosciences à l’université Pierre et Marie Curie (Paris VII). Sa venue à Genève s’inscrit donc logiquement dans une démarche européenne.

 

Le Dr Othman Sentissi est aujourd’hui médecin adjoint du chef du service de psychiatrie générale des Hôpitaux 03-HUG3Universitaires de Genève et responsable de l’un des quatre secteurs psychiatriques de Genève : le secteur 2 Jonction. Il participe activement à l’enseignement de la faculté de médecine de Genève. Il est médecin collaborateur du centre OMS-Genève pour la coordination du développement de la classification CIM 11.

 

Il nous a communiqué par courriel ses centres d’intérêt actuels : « Le thème principal de mes recherches par l’approche clinique fondamentale est le syndrome métabolique et la prise de poids en relation avec les psychotropes. Mon approche expérimentale porte sur des populations souffrantes de troubles psychiques sévères (collaboration avec le service de psychiatrie des HUG, internationales). Mon activité s’est portée, aussi dès 2006, sur le TDAH de l’enfant er de l’adulte. Je poursuis également une recherche clinique appliquée, destinée à améliorer le plus rapidement possible les soins quotidiens des patients, notamment atteints de schizophrénie, de trouble bipolaire. Et de trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Je suis impliqué dans le cadre d’un réseau international (TRD) sur la recherche des phénotypes de la dépression résistante et réfractaire. Je m’intéresse aussi à la crise en psychiatrie et je coordonne une étude multicentrique à Genève sur l’évolution des centres ambulatoires et sur l’évolution de la psychiatrie communautaire. »

 

Il nous a adressé deux articles dont il est auteur, sur le même sujet : les Centres de Thérapies Brèves à Genève. L’un des deux est en langue française, et publié dans « Schweizer Archiv für Neurologie und Psychiatrie, 2011 ; 162(4) : 161-6 ». Il est intitulé « Centres de Thérapies Brèves (CTB) à Genève : la crise dans les centres de crise ? ». Les thérapies brèves font partie des techniques thérapeutiques pratiquées par le Dr Othman Sentissi. Nous donnons ci-dessous des extraits de cet article :

 

« À Genève, c’est dans les années 1970 qu’apparaît le premier CTB (Centre de Thérapies Brèves), initialement situé dans l’hôpital psychiatrique. Quelques années plus tard, une unité du même type ouvre pour la première fois dans la cité, et deux autres suivront. S’inspirant des centres de crise tels qu’ils se sont développés aux Etats-Unis, les CTB sont néanmoins portés par une théorisation d’inspiration psychanalytique et centrée sur la notion de conflit intrapsychique réactivé à l’insu du patient par un événement interpersonnel. Le symptôme n’est plus considéré comme la maladie en tant que telle, mais bien comme la résultante complexe de conflits sous-jacents, qui vont présenter à la fois un versant interpersonnel et un versant intrapsychique

 

04-GeneveCes Centres de Thérapies Brèves ont connu depuis lors plusieurs étapes de maturation, mais semblent vivre aujourd’hui une véritable crise de croissance. Ils furent initialement conçus pour offrir à une population ayant eu peu de contacts avec la psychiatrie une réelle alternative thérapeutique à l’hôpital perçu à l’époque comme vecteur de chronicisation. Les interventions de crise se devaient d’être rapides (début de l’intervention dans un délai de moins de 24 heures), débutant sur le lieu d’où venait l’appel, en présence du demandeur et avec l’entourage. Ces centres étaient destinés essentiellement aux patients souffrant de troubles de l’humeur ou de l’adaptation et étaient considérés comme peu adaptés aux patients souffrant de lourdes problématiques psychiques, telles que les pathologies psychotiques et les troubles graves de la personnalité avec plusieurs antécédents d’hospitalisations. Ce type d’intervention s’appuyait sur un modèle de soins d’inspiration essentiellement psychodynamique, mais laissant la part belle à l’approche systémique et illustrant là l’enrichissement mutuel qui peut découler de l’articulation de deux référentiels théoriques distincts.

 

Néanmoins, en 2001, suite à une réorganisation sectorielle de grande envergure, de nouveaux mandats sont fixés à ces centres : diminuer la surcharge hospitalière, se constituer en alternative à l’hôpital, prendre une place centrale dans le dispositif de soins de secteur et acquérir une plus grande souplesse dans l’accueil des patients souffrant de diagnostics psychiatriques plus sévères. Sans qu’il n’y ait eu cependant de réaménagement pratique ou d’évolution du modèle théorique initial.

 

(…) Nous avons réalisé une étude pilote qui n’est qu’un premier jalon dans l’élaboration d’un protocole de recherche clinique naturalistique et prospectif qui aura pour objectif de mieux cerner les caractéristiques démographiques, cliniques et diagnostiques des patients qui doivent bénéficier à plusieurs reprises en soins au CTB. Les résultats que nous avons retrouvés pour l’année 2006 semblent indiquer une pratique clinique dans les CTB tendant à faire une distinction entre les patients pouvant bénéficier d’un programme de soins de type crise et les autres qui n’ont bénéficié que d’un soutien limité. Si le modèle de la crise est d’une grande valeur par sa manière d’entrer dans les soins et de lire le symptôme, la question se pose de l’utilité de le décliner en une organisation structurelle. Des développements théoriques et leur déclinaison en modalités de soins seront nécessaires à l’avenir afin de pouvoir utiliser au mieux nos potentialités de soins en fonction de la psychopathologie concernée. Ils pourraient passer par un développement des soins de type hôpital de jour ou par une plus grande capacité à se déplacer dans la cité afin de proposer aux patients les plus gravement atteints un étayage plus adapté. Ces patients étant les plus grands consommateurs de soins hospitaliers, un meilleur impact sur le taux global d’hospitalisation à Genève pourrait être espéré. Parallèlement, et de manière plus ciblée, il s’agit de développer des moyens spécifiques pour repérer et soi- gner dans les meilleurs délais la faible proportion de patients correspondant véritablement aux critères de crise initiaux. »

 

 

Jean Paul Bossuat

Écrire les chiffres et les lettres apparus ci-dessous, dans le rectangle en dessous